Quel avenir pour le cacao et ses producteurs ?

Le Cirad a imaginé les avenirs possibles de la filière cacao en réalisant une analyse prospective. Il est parvenu à trois scénarios.

Le premier scénario prévoit la poursuite de la tendance actuelle.
Les petits exploitants restent les principaux producteurs de cacao courant, et seuls quelques-uns se lancent dans la production de cacao aromatique ou biologique. Partout, les attaques des parasites et des maladies s’intensifient. Les rendements demeurent faibles ou moyens.
Dans les quelques pays où des organisations étatiques ou professionnelles apportent un appui aux producteurs, il y a des replantations. En revanche, dans les pays sans organisations mutuelles ou privées, le niveau de production baisse et la notion de qualité éclate. Les risques deviennent excessifs pour les agriculteurs, qui manquent de moyens pour s’en prémunir.
Au bout de quelques années, la production mondiale stagne et commence même à régresser. Dans les pays développés, la consommation croît faiblement et elle ne démarre pas en Europe de l’Est ni en Asie.
Les transformateurs et les chocolatiers développent leur savoir-faire afin de remédier aux défauts des fèves et au manque d’arôme. Les broyeurs rachètent des firmes de négoce et installent des usines dans les pays producteurs pour contrôler les achats de cacao et assurer la régularité de leur approvisionnement.

Le deuxième scénario est plus optimiste.
Les agriculteurs continuent à cultiver de petites surfaces, mais ils adoptent un mode de culture sédentaire et intensif. Le marché se segmente : le cacao courant reste majoritaire, mais les cacaos fin et biologique voient leur part de marché augmenter. Des associations de producteurs et des organismes privés émergent.
Ils prennent en charge des services tels que la fourniture d’intrants et de plants, l’appui aux producteurs et le contrôle de la qualité. Ils discutent avec les négociants et les transformateurs, se concertent avec les autres pays de la région et exercent un pouvoir d’orientation.
Les broyeurs poursuivent leur mouvement d’intégration verticale et installent de nouvelles usines dans les pays producteurs. Ils signent des contrats d’achat avec les producteurs et assistent les programmes de replantation.
Des recherches visant à créer des variétés résistantes aux parasites et aux maladies sont menées ou financées conjointement par les organismes publics de recherche, les industriels et les organisations professionnelles. La demande de cacao augmente, en particulier en Asie et en Europe de l’Est.

Le 3e scénario, catastrophique, prévoit une chute de la production.
La pression parasitaire s’intensifie, mais les moyens de lutte sont trop onéreux ou indisponibles et il n’existe pas de variétés résistantes.
Les organismes privés n’ont pas pris en charge les fonctions d’appui, de fourniture d’intrants et de contrôle de la qualité laissées vacantes par le retrait des organismes étatiques.
La production chute. Une grave crise économique et sociale a lieu dans les pays dont l’économie dépend fortement du cacao. Les industriels concentrent leurs efforts de recherche sur les arômes et les produits de synthèse pour pallier la dégradation de la matière première. Ils proposent de nouveaux types de confiseries aux consommateurs, qui s’y adaptent.
Néanmoins, il existe toujours un petit marché pour le chocolat fin et aromatique, acheté très cher. Après quelques années de crise, des petits agriculteurs se remettent à cultiver un cacao de médiocre qualité dans des zones pionnières. La production mondiale reprend, mais les consommateurs se sont habitués à d’autres confiseries que le chocolat et la demande en cacao reste faible.

Le cacao, tout un programme !

La recherche répond à des enjeux scientifiques mais aussi sociaux, économiques et environnementaux majeurs.

Un de ses objectifs est de relever les défis liés à l’avenir du cacao : développement des pays et mieux-être des petits planteurs, protection de l’environnement, diversification des produits, recherche de qualité.

Produire plus et mieux en protégeant l’environnement

Il est indispensable d’intensifier la production sans augmenter les surfaces cultivées (ce qui se ferait au détriment de la forêt, suffisamment menacée par ailleurs). La mission de la recherche consiste donc à trouver des réponses pour augmenter la production et protéger l’environnement. Pour cela, elle met en place des variétés adaptées, propose des solutions pour sédentariser les cultures, renouveler les vergers vieillissants et améliorer la durabilité de la production. C’est dans ce même esprit qu’elle travaille à des méthodes efficaces de lutte contre les maladies comme la mise au point de variétés plus résistantes qui nécessitent moins de traitements chimiques.

Améliorer la qualité

L’exigence de qualité se fait également de plus en plus sentir. Cette évolution des goûts et de la demande des consommateurs conduit elle aussi à des travaux de recherche spécifiques dans les domaines de l’amélioration variétale, de la technologie et de l’encadrement des planteurs. Il s’agit ici notamment de mieux connaître la formation des arômes, depuis la récolte jusqu’au produit torréfié, pour mieux apprécier les cacaos, orienter la transformation et proposer des techniques innovantes. L’apparition de chocolats élaborés avec des cacaos de « pure origine » implique une parfaite connaissance de l’influence des terroirs, des variétés, des méthodes de culture et de transformation.

Favoriser le développement et la modernisation des exploitations

Dans les années 30, les filières d’exportation du cacao sont passées sous le contrôle des États dans la grande majorité des pays producteurs. Ces derniers ont géré et administré les prix et les volumes du cacao. Or, ce contrôle des États est remis en question et la plupart des dispositifs de stabilisation sont en voie de disparition. Les petits producteurs vont devoir s’adapter à cette nouvelle situation où une plus grande flexibilité sera nécessaire. La recherche, dans ses implications socio-économiques permet une connaissance accrue des évolutions de la filière cacao. Elle constitue un outil appréciable d’aide à la décision et à l’organisation pour les petits planteurs.

Recerche de variétés plus résistantes grâce à l'étude de la carte génétique

Les cellules qui constituent les êtres vivants possèdent toutes un noyau, dans lequel se trouvent des filaments d’ADN porteurs de l’information génétique nécessaire au fonctionnement de l’individu : les « chromosomes ».

Chaque caractère est régi par un ou plusieurs éléments de ces chromosomes, ce sont les « gènes ». L’ensemble des gènes caractéristiques d’un individu s’appelle le « génome ».

Une carte génétique est constituée de repères, les « marqueurs », placés sur les chromosomes, comme des bornes kilométriques sur une route. Les gènes impliqués dans un caractère sont ensuite repérés par rapport à ces marqueurs. Les dix chromosomes du cacaoyer ont été cartographiés.

C’est une première étape qui se poursuit en localisant progressivement les gènes impliqués dans les caractères intéressants. Pour le cacao, les recherches sont surtout orientées vers les caractères de résistance aux maladies et de qualité mais concernent aussi les caractères d’intérêt agronomique. À l’heure actuelle, outre le Cirad, qui associe à ses recherches le Cameroun, la Côte d’Ivoire et Trinidad, d’autres équipes, au Brésil et chez Nestlé, travaillent sur la carte génétique du cacaoyer.

L’IPGRI

L’utilisation de la diversité génétique est essentielle pour subvenir aux besoins alimentaires et assurer le développement économique et social d’une population mondiale sans cesse croissante.

L’Institut international des ressources phytogénétiques (IPGRI) est la plus importante institution internationale se consacrant exclusivement à la conservation et à l’utilisation de ces ressources. Sa mission est d’améliorer la gestion des ressources phytogénétiques au plan mondial afin de contribuer à l’éradication de la pauvreté, d’accroître la sécurité alimentaire et de protéger l’environnement.

L’IPGRI met particulièrement l’accent sur les ressources phytogénétiques d’importance vitale pour les pays en développement et a un engagement spécifique sur certaines plantes. L’institut a organisé plusieurs missions de collecte de variétés de cacao cultivées et sauvages, a appuyé la mise en place de collections internationales au Costa Rica et à Trinidad et a mené des recherches sur l’amélioration des techniques de collecte et de conservation du cacaoyer.

L’IPGRI contribue actuellement à l’étude de la diversité des variétés anciennes de cacao « Criollo », à l’amélioration des méthodes de distribution du matériel végétal et à l’évaluation de variétés intéressantes pour les programmes d’amélioration.

Lutte contre les maladies
Les chercheurs explorent plusieurs voies

La lutte chimique entraîne de nombreuses contraintes comme le coût des produits, de la main-d’oeuvre et des appareils de traitement, la fréquence des applications, la pollution, la toxicité des pesticides, etc.
C’est pourquoi les scientifiques se dirigent vers la recherche de variétés plus tolérantes en développant des tests précoces, rapides et fiables, permettant d’identifier les cacaoyers les plus résistants. Pour cela, on peut notamment mettre en contact les cacaoyers et l’agent pathogène (le champignon), puis d’observer comment se développe l’injection.
Associée aux autres méthodes de lutte existantes et à une très bonne connaissance des parasites, la diffusion de variétés résistantes permettra le, développement d’un contrôle dit « intégré » des maladies, plus « propre » et moins coûteux.

La culture in vitro pour multiplier les arbres résistants aux maladies

Lorsque des arbres intéressants sont identifiés, il devient nécessaire de les multiplier en grand nombre et de les distribuer aux producteurs pour contribuer à l’amélioration des rendements. Pour cela, on a recours à la multiplication végétative ou clonage.
Plusieurs techniques horticoles traditionnelles sont utilisées comme le bouturage ou le greffage. Des essais sont en cours pour mettre au point une technique de multiplication rapide in vitro par embryogenèse somatique. Elle consiste à obtenir des embryons à partir de tissus végétatifs (feuille, fleur, tige…) de la plante que l’on souhaite multiplier. Ces embryons, dits somatiques, ont la particularité d’être génétiquement identiques à la plante dont ils sont issus, contrairement aux embryons contenus dans toute graine qui résultent de la fusion de deux gamètes et qui sont donc différents de leurs parents.
L’embryogenèse somatique, lorsqu’elle est au point, permet d’obtenir un très grand nombre de plantes identiques à partir de peu de matériel végétal. Chez le cacaoyer, elle en est encore au stade de la recherche. Des premiers plants issus d’embryons somatiques ont déjà été produits. L’objectif est maintenant d’augmenter le potentiel de multiplication.

Sélectionner et améliorer le cacaoyer pour une production durable et à faible coût

Tel est l’objectif poursuivi par le projet de coopération internationale CFC / ICCO / IPGRI, lancé en 1998. L’obtention de variétés résistantes aux parasites et maladies est prioritaire.
Le projet met en place un réseau d’évaluation de cacaoyers dans dix pays producteurs.
Des méthodes standard sont appliquées pour mesurer la stabilité des résistances, la productivité et la qualité dans des milieux très différents. Des cacaoyers prometteurs identifiés localement sont testés dans des essais comparatifs. La diversité de la collection internationale de Trinidad est exploitée pour améliorer la résistance aux maladies et les résultats sont mis à la disposition des utilisateurs.
Le projet est administré et coordonné par l’IPGRI, en collaboration avec le Cirad, et supervisé par l’Organisation internationale du cacao (ICCO). Le Fonds commun des produits de base (CFC) est le principal donateur du projet qui reçoit aussi des appuis des chocolatiers anglais et américains.

(source : CIRAD, www.cirad.fr)



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